
Olivier GREIF (1950-2000) Pianovox PIA 526-2 (disque épuisé)
Sonate de guerre (1975) (Allegretto non troppo - Adagio - Toccata)
Il y a les œuvres que l'on écoute et il y a celles que l'on vit. Rarement l'inspiration d'un compositeur aura poussé aussi loin les limites suggestives de l'obsession et de la folie.
Obsession de la mort d'abord à travers le vacarme des canons et la répétition insoutenable et étourdissante de chants allemands à l'allure fière et joyeuse - et l'on songe aussitôt à ceux décrits par Elie Wiesel ou Primo Levi qui étaient vociférés chaque matin au réveil dans les camps. Partout les contrastes sont saisissants entre tonalité et atonalité, entre brefs moments d'accalmie aux pianissimi hurlants et ironie dans le malheur, entre culture vernie et policée qui n'a rien empêché et enfer du présent. Ici pas de souffrance, encore trop humaine, mais un degré ultime de fureur et de désolation qu'aucun mot ne saurait décrire.
Obsession de la vie aussi qui, à chaque fois renaissante mais toujours éphémère, semble suspendre le temps dans une sorte d'extase mystique telles des réminiscences tirées des couches les plus profondes de la mémoire et de l'inconscient.
Obsession de l'obsession enfin dans les méandres de spirales de sons que rien ne peut arrêter, et qui emportent tout en une vision dantesque et apocalyptique du monde.
Du piano? La sonate de guerre dépasse largement le cadre traditionnel de l'instrument dont elle n'a que faire. Œuvre hors normes et hors modes, authentique sans concession ni renoncement, elle paraît comme jaillir d'une réalité atavique de la conscience qui tente de suggérer l'innommable.
Pascal Amoyel