« L’Eternel répondit au Satan : Eh bien ! Tout ce qui lui appartient est en ton pouvoir… » Job, I-12
Job.
Job le Bon. Job le Pieux. Job le Généreux.
Et puis Job fauché par le mal, à petit feu, graduellement, méthodiquement… Mais que prend-il à Dieu de vouloir faire un pari avec le Satan ? N’a-t-Il pas d’autres moyens de tester la croyance de Job ? Qu’a t-Il même besoin de la tester, de la mesurer ? La croyance aveugle en son Nom ne l’insurge t-Il pas ?
La foi est-elle donc plus précieuse que la bonté, la simple bonté qui rend Job à l’image de son Dieu ?
Mais qu’ont fait les enfants de Job pour mériter de mourir comme cela? Tout cela n’est-il qu’un jeu ? La vie n’est-elle qu’un jeu ? Dieu aime t-Il jouer avec les hommes ? Ou bien peut-être souffre t-Il encore bien plus que Job ?
En attendant il pleure toutes les larmes de son corps le pauvre Job, Job l’inconsolable. Et puis il rumine et crache son sang, sa chair le pèse et le torture.
Non, ce n’est pas possible, le Seigneur est en dehors de tout ça. Jamais il ne pourrait tolérer que le malin empiète sur Son territoire. Mais alors que fait-Il ?
Satané pari !
Job le nu, Job le malade, Job le Saint qui pue couvert de vermine et de fange de la tête au pied. Il rampe à terre et prie le Bon Dieu de lui épargner ça. « Je t’en prie, ô mon Dieu ». Job le mutilé, Job le piétiné. Job le Pieux. Mais qui serait-il donc pour prétendre remettre en cause la Justice de Dieu !
Et puis un beau jour il se révolte, enfin. Dieu ne peut pas être si bon, tout ça c’est des histoires. Ses amis tentent bien de le raisonner mais trop, c’est trop. Beaucoup plus qu’un homme peut supporter. Il n’est quand même pas prêt à payer pour toute la misère du monde ! Et toute la misère du monde, c’est la sienne.
Le temps passe. Beaucoup de temps. Une éternité pour Job. Puis voici enfin Dieu qui s’adresse à lui. L’Eternel son Dieu dont la seule évocation du Nom fait trembler toute la Création. Mais non, bien-sûr, il y a eu méprise, la vie n’est pas absurde, seulement incompréhensible… Le Monde est trop beau et Dieu bien trop grand pour que quiconque s’adjuge le droit de L’appréhender. Job n’a décidément rien compris, il est probablement un peu stupide, comme tous ses semblables. Job le renégat, si prompt à juger la vie... Juger la vie, c’est insulter le Septième Jour. Mais comment un homme peut-il se permettre de se rebeller contre ce qu’il ne peut comprendre et le dépasse ? Certes, il a perdu tout ce qu’il possédait, il a souffert atrocement, tous ceux qu’il chérissait le plus au monde sont morts, il n’est plus qu’une ombre hagarde et muette, sans espérance ni requête, mais allons, maintenant, reprends toi un peu Job !
C’est tout ? Oui, et qu’on se le tienne pour dit. L’Explication Suprême a déjà été délivrée. Job a osé se révolter mais Dieu, dans sa très grande Miséricorde, l’aura épargné. Encore heureux que le pauvre homme n’ait été jusqu’à remettre en cause l’existence même de Dieu, c’eût été vraiment le comble…
L’Histoire s’arrête là. Pour le moment. D’autres viendront bien vite. Job l’Immortel.
Job le pieux, Job le pion, il refait sa vie le bon vieux Job et il semble heureux. Oui, mais jamais il n’oubliera…
Pascal Amoyel